Paroles d'entrepreneurs

« L’entrepreneuriat c’est pouvoir créer son propre métier » !

Augustin Mercier me reçoit à deux pas de l’Arc de Triomphe où sa startup est installée, ce mercredi soir très pluvieux.

Après une visite des lieux où se côtoient babyfoots, table de ping-pong, jukebox, salle de sport puis salle de déjeuner et douches au sous-sol, nous remontons pour nous isoler dans une salle de réunion et entamer une belle discussion sur la vie de l’entrepreneur et sa situation aujourd’hui en France.

Alpaga Media c’est une entreprise qui accompagne les Grandes Ecoles et les acteurs de l’Education – en niveau supérieur – dans leur communication auprès des jeunes.

Mais ce n’est pas tout, Alpaga Media accompagne également les entreprises qui ont besoin de travailler leur communication RH et leur marque en tant qu’employeur à destination des jeunes diplômés. Une cible pas toujours évidente à cerner.

Expertise et savoir-faire en emailing, community management, réalisation de vidéos, brand content (communication autour de la marque), insertion de presse, display (version en ligne de la publicité classique), … Et bien d’autres choses sont les missions dont la startup est chargée !

C’est sur le parcours entrepreneurial de ce jeune homme de 28 ans, ses expériences et ses conseils d’entrepreneur que nous reviendrons tout au long de cette interview.

Jeunesse oblige, tutoiement de rigueur !

A quel âge t’es-tu lancé dans l’aventure entrepreneuriale ? Et pourquoi ?

Augustin : A 25 ans, j’ai rejoint la Pépinière 27 (dont nous vous parlerons prochainement sur notre Blog) en 2013 avec mes deux associés. Tout est parti d’un magazine que nous éditions, « Le Petit Juriste », à destination des étudiants en droit. Nous avons profité de son succès pour créer, au départ, une régie publicitaire spécialisée dans la cible jeunesse, et qui a su ensuite pivoter et se diversifier.

Au lycée, j’étais incapable de savoir ce que je voulais faire dans la vie. Ayant suivi des études de Droit parce que le « Droit mène à tout », je me suis vite rendu compte que je suivais un peu le mouvement au gré de l’obtention de mes années mais qu’en réalité, les débouchés offerts ne me satisfaisaient pas. C’est à ce moment qu’est née l’idée de rejoindre une école de commerce pour m’ouvrir des portes et découvrir d’autres horizons.

Après mon Master 2, j’ai donc complété mon cursus par une année dans une Grande Ecole de commerce. J’y ai découvert un tout autre monde où il était permis de rêver et de sortir des fameuses « cases à la française » qui obligent à choisir un métier défini comme avocat ou médecin.

La révélation s’est faite quand j’ai compris qu’il était possible de créer son propre métier, et ce, grâce à l’entrepreneuriat. J’avais identifié un besoin auquel je devais répondre ! J’ai donc créé mon métier !

« L’entrepreneuriat c’est pouvoir créer son propre métier, quand tu veux, dans un secteur que tu veux, avec les outils que tu veux »

Ta jeunesse a-t’elle été un frein ou au contraire une aide dans la création de ton entreprise ? 

Augustin : Ma jeunesse a été utile car elle m’a permis de ne pas penser à tout ce que la création de la startup allait impliquer dans ma vie ! J’aurais peut-être pris peur sinon, qui sait … (sourires). En plus, je n’avais pas de crédit, pas d’obligations.

« L’entrepreneur est un kamikaze »

D’ailleurs, pourquoi « Alpaga Media » ? Vous voulez être au sommet ?

Augustin : L’alpaga c’est une laine de grande qualité, ça fait appel à l’imaginaire et l’imaginaire c’est très important. Et en plus ça sonne bien ! Media car nous travaillons dans le monde des médias à destination des jeunes.

Alpaga Media


Penses-tu que le contexte économique donne envie d’entreprendre aujourd’hui en France ?

Augustin : Oui, de plus en plus. Bien que l’entrepreneuriat souffre encore d’un gros problème d’image. Ca a longtemps été un gros mot, mêlé à l’expression « patron voyou » dont les dirigeants des TPE/PME souffrent parfois.

On considérait que c’était une porte de sortie pour ceux qui ne rentraient pas dans le système étriqué des spécialisations professionnelles.

D’un point de vue économique maintenant : la crise est mondiale, nous devons l’accepter. Notre rôle, en tant que créateurs d’idées, est de transformer cette occasion en opportunité afin de continuer à créer des richesses et de l’emploi. Surtout qu’en France nous disposons de beaucoup d’aides pour se lancer.

Quels sont selon toi les principaux freins qui empêchent de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale ?

Augustin : C’est une question intéressante pour un entrepreneur. La culture à la française voudrait que je réponde qu’il y a beaucoup de freins à la création d’entreprise.

Ma culture d’entrepreneur, elle, me pousse à faire fi de ces freins car notre métier, c’est de déplacer des montagnes.

Mais pour jouer le jeu, je donnerais l’exemple de la réglementation. Notamment la limitation récente (Loi du 10 juillet 2014 et décret n° 2014 – 1420 du 27 novembre 2014) du nombre de stagiaires qui peuvent nous rejoindre pour nous aider à lancer notre entreprise et à la pérenniser. Pourtant le recours à une main d’oeuvre moins onéreuse doit être vu comme un formidable trio gagnant.

Pour les jeunes d’abord : en les prenant en stage, on les forme et leur fournit une expertise qu’ils pourront revendre ensuite. C’est une erreur de croire que le diplôme donne la compétence. En facilitant leur employabilité, on réduit alors le chômage ce qui est évidemment positif pour l’Etat. Enfin, en phase de lancement, les stagiaires permettent aux startup de se développer plus vite, avec pour effet positif la possibilité d’embaucher.

D’un point de vue culturel, pour l’image, la maman française met des roulettes sur le vélo de son enfant afin d’éviter qu’il ne tombe et se blesse. Aux États-Unis, les champions de l’entrepreneuriat, la mère ne met pas de roulettes au vélo de son enfant, et lui apprend à se relever…

Quelles ressources psychologiques doit adopter en premier lieu un chef d’entreprise pour réussir dans son management ? 

Augustin : Aujourd’hui, avec l’arrivée de la génération Y, tous les managers de France disent « Ouahhhh ». Comment faire avec des jeunes dont les codes sont complètement différents de ce que moi, qui n’ai pas la trentaine, j’ai pu connaître ?

J’ai des dizaines d’anecdotes : le jeune diplômé qui te propose, 2 jours après sa prise de fonctions, d’arriver au bureau en milieu de matinée parce qu’il n’est pas du matin, le stagiaire qui repousse la réunion fixée par son manager parce qu’il a envie d’aller fumer une cigarette, ou encore celui qui soupire quand une tâche demandée le fera partir 5 minutes après 18h30″.

En quête de sens (génération « why »), il est nécessaire de jongler avec les affects, les spécificités et les aspirations de chacun. Il faut donc savoir être patient, fin psychologue, et très bon communiquant. En tant que manager, il faut savoir se remettre en question tous les jours.

« Il n’y a plus de capitaine qui donne les ordres mais tout le monde est capitaine et va dans le même sens que les autres » 

Bref, voilà une photo pour résumer :

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Les entrepreneurs ont l’habitude de dire que le choix de ses collaborateurs est presque le plus difficile … 

Augustin : Il faut savoir que l’on passe plus de temps avec son associé et ses collaborateurs qu’avec sa ou son petit(e) ami(e). Le mieux est donc d’être copain et de se connaître par coeur. Il faut en plus de cela, se compléter.
Pour ma part j’ai rencontré mon premier associé en cabinet d’avocats.

Que conseilleriez-vous à la génération Y désireuse de s’affranchir des grandes entreprises pour s’épanouir dans un projet entrepreneurial ?

Augustin : Effectivement il y a une quête de sens aujourd’hui, je la ressens tous les jours. Je conseillerai à cette génération « d’apprendre à oser » (le slogan d’HEC) mais aussi d’aller vers les startups pour amener leurs idées et leur peps.

Quel est le plat de ta grand-mère que tu préfères ?

Augustin : L’escalope panée avec purée maison.

 

Augustin est un chef d’entreprise qui transmet un bel exemple de l’optimisme qui manque parfois à la France. Rien que pour cela, on le remercie ! 

Ambitieux, ayant le goût du défi et la capacité de se remettre en question, il prouve qu’à 28 ans et même avant (quand il a cofondé sa startup) on peut identifier un vrai besoin, y répondre et satisfaire des clients exigeants.

Belle continuation « startupienne » ! 

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